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«Je suis plus capable des couples. Les couples qui se pognent sans arrêt parce qu’ils supportent pas la vie à deux. Plus capable des célibataires. Les célibataires avec leur faux discours sur la liberté.» «Plus capable des fumeurs. Plus capable des anciens fumeurs militants. Plus capable des cochons fumeurs occasionnels.» «Plus capable des artistes. Des parasites qui enchainent les subventions, qui élèvent les petites aventures fades qu’ils vivent entre eux au statut de drames existentiels et scandales d’état, et qui pourrissent l’atmosphère.

                                                    »

 MADEMOISELLE

AGNÈS


 

du 27 septembre au 15 octobre 2022

au Théâtre Prospero

Texte Rebekka KRICHELDORF

Traduction Leyla-Claire RABIH et Frank WEIGAND 

Mise en scène et adaptation Louis-Karl TREMBLAY

avec Éric BERNIER,  Stéphanie CARDI, Luc CHANDONNET,  

Nathalie CLAUDE,  Sylvie DRAPEAU, Félix LAHAYE, Ariane TRÉPANIER,  

Sally SAHKO.

Assistance et régie Andrée-Anne GARNEAU 

Costumes Karine GALARNEAU

assistée de Catherine SAINTE-MARIE

Lumière Robin KITTEL OUIMET

Relations de presse Alain LABONTÉ

La misanthrope aurait pu être le titre de cette nouvelle satire signée Rebekka Kricheldorf. Son théâtre féroce et drôle traque les mensonges du milieu culturel et de notre époque, expose brillamment l’insoutenable légèreté d’une faune superficielle et vaniteuse. Mais, faut-il toujours dire tout ce que l’on pense, sans filtre? Après Villa Dolorosa (adaptation des Trois soeurs de Tchekhov) et  La Ballade du tueur de conifères (adaptation du Dom Juan de Molière), Rebekka Kricheldorf poursuit sa démarche singulière en adaptant cette fois Le Misanthrope de Molière dans une perspective actuelle, féminine et culturelle.

 

Dans l’adaptation de Kricheldorf, Mademoiselle Agnès est à la sphère de l’art contemporain ce qu’Alceste était aux salons du dix-septième. Ancienne écrivaine devenue critique d’art et blogueuse influente elle diffuse ce poison qu’est la vérité. Un a un, les personnages passeront devant Agnès et elle tirera sur tous ceux qui mentent, dissimulent, camouflent, travestissent. Qu’il s’agisse de ses amis Fanny et Adrien, ou des performeuses Annabelle et Océane, marquises d’aujourd’hui aux grands airs et aux projets sans substance, elle n’épargne personne, pas même son fils musicien le forçant publiquement à faire son coming out. Le seul angle-mort de Mademoiselle est Sasha. Elle faiblit face à sa jeunesse et son charisme et lui offre plus d’indulgence.

 

La maxime d’Agnès: «La vérité est exigible de l’homme.» d’Ingeborg Bachmann. Mais l'est-elle? Et quel sera le prix à payer pour celle qu’on appelle la terroriste de la vertu? Plus «sociopathe» que misanthrope selon son entourage, Agnès est ultimement rejetée de tous après avoir joué le jeu de l’absolue vérité. Même Sasha lui refuse le refuge campagnard où elle avait rêvé d’une vie sans faux-semblants.  

La relecture de Kricheldorf offre une percutante réflexion sur la Vérité. Peut-on tout dire sans filtre? Peut-on être totalement incorruptible face à nos idéaux (écologiques, sociaux, personnels)? Est-ce que répondre à la demande du marché est un mensonge artistique? Quelle dose d’hypocrisie faut-il à une société pour qu’elle fonctionne? Est-ce que les privilèges occultent la vérité? Quel est le prix à payer pour une entière honnêteté?

 

Pour la création montréalaise de ce texte, une adaptation québécoise a été réalisée par le metteur en scène Louis-Karl Tremblay afin de réinterpréter, par la langue, l’approche brute et actuelle de l’autrice. Remanié avec nos références, cet univers excessif est un terrain de jeu idéal pour explorer l’imagerie des pulsions humaines et tout ce qu’elles cachent.